Le ministre haïtien de l'Économie Serge Gabriel Collin signe une interdiction de transit commercial qui restructure le levier bilatéral avec la République dominicaine.
Le 30 septembre 2026, une circulaire formelle du ministère haïtien de l'Économie et des Finances est entrée en vigueur, interdisant aux marchandises de pays tiers de transiter par le territoire dominicain pour atteindre Haïti. La mesure constitue l'action de politique commerciale unilatérale la plus conséquente posée par Port-au-Prince dans la relation bilatérale depuis que les gangs ont fragmenté l'infrastructure commerciale formelle du pays.
Cette décision ne surgit pas dans le vide. Le 14 septembre, des autorités haïtiennes avaient physiquement bloqué un large éventail de marchandises dominicaines au pont de Dajabón. La combinaison des deux gestes — un blocage opérationnel suivi d'une circulaire formelle — révèle une posture coordonnée, non une réaction spontanée. Haïti maintient un engagement diplomatique de façade, notamment via l'accord bilatéral du 4 septembre entre les deux chanceliers, tout en déployant simultanément des instruments de pression dans le registre commercial. C'est une double piste délibérée.
L'asymétrie commerciale confère paradoxalement à Haïti une position de force dans ce bras de fer précis. Les exportations dominicaines vers Haïti ont atteint 921,48 millions de dollars américains jusqu'en août 2026, en hausse de 19,41 pour cent sur un an. Les exportations haïtiennes vers la RD se sont effondrées à 680 000 dollars américains sur la même période. Haïti a très peu à perdre en termes de commerce bilatéral réciproque, tandis que les exportateurs dominicains — et les économies frontalières de Dajabón et Jimaní — portent une exposition réelle. Le calcul est asymétrique en faveur de celui qui semblait le plus vulnérable.
La question critique demeure celle de l'application. La capacité douanière et portuaire haïtienne est sévèrement dégradée. Le contrôle exercé par les gangs sur les voies d'accès à la frontière dominicaine signifie que l'application formelle sera inégale. Les opérateurs logistiques testeront l'effectivité de la mesure avant de s'engager dans des réorientations coûteuses vers des ports alternatifs comme Cap-Haïtien. La fenêtre d'octobre à novembre 2026 sera déterminante pour établir si l'interdiction produit un impact commercial réel ou demeure largement déclaratoire.
L'observation analytique centrale est la suivante : Haïti affirme pour la première fois de manière structurée qu'elle contrôle les conditions d'accès à son propre marché d'importation. Après des années de relation où la RD détenait l'essentiel du levier — volume des expulsions, horaires des passages frontaliers, fréquence du marché de Dajabón — Port-au-Prince démontre qu'une dépendance commerciale asymétrique peut être retournée contre celui qui en tire profit. Le rééquilibrage est modeste, mais il est réel et méthodique.
Le fil historique est éloquent. En 2023, la décision haïtienne de construire un canal sur la rivière Massacre a déclenché une fermeture prolongée de la frontière dominicaine. La logique était identique : une décision haïtienne d'infrastructure ou de politique forçant une réponse coûteuse du côté dominicain. L'interdiction de transit de 2026 reproduit cette mécanique dans le registre commercial. Chaque cycle renforce le même apprentissage institutionnel : Haïti dispose de leviers lorsqu'elle accepte d'absorber des coûts à court terme pour générer une masse de négociation. La question de savoir si les autorités de transition ont la cohérence institutionnelle pour maintenir la pression dans la durée reste ouverte — et constitue la variable décisive pour la suite.
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