La Force de suppression des gangs en Haïti opère à 30 pour cent de ses effectifs autorisés pendant que Viv Ansanm consolide son emprise sur trois départements.
Dix-huit mois après l'offensive coordinée de février 2024 qui a reconfiguré l'équilibre du pouvoir à Port-au-Prince, aucune réduction documentée du contrôle territorial des gangs n'est enregistrée dans les départements de l'Ouest, de l'Artibonite et du Centre. La Force de suppression des gangs, autorisée à 5 550 personnels par le Conseil de sécurité de l'ONU, déploie environ 1 650 effectifs sur le terrain — soit 30 pour cent du seuil requis pour une opération de stabilisation crédible. Le mandat a été prolongé de six mois jusqu'en mars 2027, mais la génération de forces reste bloquée à un niveau qui ne permet pas de contester sérieusement le contrôle territorial établi.
La coalition Viv Ansanm maintient une domination estimée à 80 à 90 pour cent sur la capitale et une présence armée structurée dans trois des dix départements du pays. Les tensions internes consécutives à la mort du chef de gang Tyson en décembre 2025 n'ont pas produit de fragmentation opérationnelle mesurable. L'état d'urgence déclaré le 2 mars 2026 couvre les trois mêmes départements où le contrôle des gangs est le plus ancré — sept mois plus tard, aucune amélioration des conditions qui l'ont déclenché n'est documentée.
L'utilisation de drones kamikazes dans des zones résidentielles densément peuplées constitue un problème de responsabilité civile significatif. Les données disponibles indiquent une augmentation de 120 pour cent des décès attribuables aux frappes aériennes et aux attaques de drones au premier trimestre 2026 par rapport au trimestre précédent. Cette trajectoire contredit les récits officiels d'une réponse sécuritaire discriminante et expose l'État haïtien à de sérieuses obligations en vertu du droit international humanitaire.
La République dominicaine, qui a engagé 20 millions de dollars dans la caisse d'affectation spéciale de la Force en mai 2026, a explicitement exclu toute contribution de troupes en juillet 2026, limitant son engagement à un soutien logistique et médical. Ce refus réduit à la fois l'effectif numérique disponible et la légitimité régionale que des contributions diversifiées auraient pu procurer. La Force elle-même a soumis en juin 2026 une demande d'extension du mandat jusqu'en septembre 2028 — signal interne que les planificateurs n'anticipent pas de stabilisation rapide, en contradiction directe avec le cadrage public d'une mission de transition provisoire.
Ce schéma s'inscrit dans un fil historique reconnaissable. La Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti, déployée après la crise de 2004, a nécessité plusieurs années pour parvenir à une stabilisation partielle sans jamais démanteler entièrement les réseaux armés qu'elle était mandatée pour réprimer. Les déficits de génération de forces et la résistance des États voisins aux contributions directes de troupes caractérisaient déjà les premières phases de cette précédente mission. La Force de suppression des gangs reproduit ce pattern avec une différence structurelle aggravante : elle opère dans un contexte où 1,5 million de personnes sont déjà déplacées et où aucun processus politique légitime n'est en mesure d'absorber les gains sécuritaires hypothétiques.
Une force déployée à 30 pour cent de l'effectif autorisé constitue une présence, non une garantie de sécurité. Tant que ce déficit n'est pas résolu, toute planification opérationnelle supposant une couverture de la Force dans les corridors de l'Ouest, de l'Artibonite ou du Centre repose sur une prémisse non étayée par les faits sur le terrain.
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