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Haïti-RD : 68 000 expulsions et zone franche 2026

2026-10-05 · DR
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Haïti-RD : 68 000 expulsions et zone franche 2026

La République dominicaine expulse 68 000 Haïtiens en sept mois tout en annonçant une zone franche de 300 millions de dollars : une architecture de séparation structurelle est en cours de construction.

Au cours des sept premiers mois de 2026, environ 68 000 ressortissants haïtiens ont été expulsés vers Haïti depuis la République dominicaine, soit une hausse de 16,2 % par rapport à la même période de 2025. Une seule semaine opérationnelle entre fin février et début mars a produit plus de 5 800 déportés. Si ce rythme se maintient, l'année 2026 dépasserait structurellement le record annuel précédent de 276 215 expulsions documenté en 2024. Ce n'est pas un pic conjoncturel : c'est une posture d'application institutionnalisée.

La dimension humanitaire est documentée et grave. Des femmes enceintes, des mères allaitantes et des mineurs non accompagnés figurent parmi les expulsés renvoyés dans des zones de conflit actif, sans examen de demandes d'asile ni évaluation individualisée des risques. Les organisations internationales opérant dans le nord d'Haïti signalent que la capacité d'accueil aux points de passage frontaliers est déjà dépassée — dans un contexte où 1,5 million de déplacés internes, 5,8 millions de personnes en insécurité alimentaire et 16 000 décès liés aux gangs depuis 2022 définissent la réalité du territoire d'arrivée.

Simultanément, un bureau permanent de la direction dominicaine de la Migration a été établi à Dajabón, le principal point de marché binational. Ce bureau co-localise les fonctions d'application migratoire avec un espace historiquement consacré aux échanges économiques transfrontaliers. L'effet opérationnel est immédiat : les traversées des jours de marché sont désormais des événements de surveillance et d'interdiction autant que des transactions commerciales.

L'annonce d'une zone de libre-échange avec port sec de 300 millions de dollars, encadrée explicitement autour de la souveraineté dominicaine et de l'autosuffisance économique, complète cette architecture. Ce projet n'est pas conçu pour approfondir l'interdépendance avec le marché haïtien. Il vise à construire une capacité logistique dominicaine indépendante le long de la frontière. Or, les exportations dominicaines vers Haïti se sont déjà effondrées de 38,9 % entre 2024 et 2025 — de 42,1 à 25,7 milliards de dollars — incluant des matériaux de construction essentiels à toute reconstruction haïtienne.

L'observation analytique centrale est celle-ci : Saint-Domingue construit simultanément une infrastructure d'application, une infrastructure économique autonome, et un cadre diplomatique multilatéral — le discours à l'Assemblée générale de l'ONU cadrant la crise haïtienne comme nécessitant une réponse internationale — qui transfère la responsabilité de stabilisation vers l'extérieur tout en consolidant la souveraineté territoriale et économique dominicaine. Ces trois mouvements ne sont pas contradictoires. Ils sont cohérents avec une stratégie de séparation structurelle progressive.

Le fil historique est lisible. La politique dominicaine à l'égard des populations d'origine haïtienne a historiquement oscillé entre instrumentalisation économique et exclusion souveraine. La décision du Tribunal constitutionnel de 2013 dépouillant rétroactivement de leur citoyenneté environ 200 000 personnes d'ascendance haïtienne a établi que cette exclusion peut prendre une forme légale et institutionnelle, sans rupture diplomatique formelle durable. La montée d'application de 2026 s'inscrit dans cette continuité normative, mais avec une dimension infrastructurelle nouvelle : pour la première fois, des investissements permanents transforment la frontière en un système de gestion, non simplement de contrôle ponctuel.

À l'approche des élections haïtiennes du 13 décembre, chaque escalade d'application produit un arriéré humanitaire qui aggrave l'instabilité du côté haïtien — et chaque instabilité haïtienne renforce la justification dominicaine de l'application. Ce cercle n'est pas auto-correcteur.

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