Le commerce RD–Haïti s'effondre de 49 % en 2025, pendant qu'une zone franche de 300 millions de dollars consolide l'avantage dominicain sur la frontière.
Les données douanières multilatérales confirment que les exportations de la République dominicaine vers Haïti sont passées de 36,7 milliards de dollars en 2024 à 18,7 milliards de dollars en 2025 — une contraction de 49,1 pour cent en une seule année civile. C'est la baisse annuelle la plus prononcée jamais enregistrée pour ce corridor commercial à l'ère moderne. Il ne s'agit pas d'un artefact statistique. Il s'agit de l'effacement de près de 18 milliards de dollars de flux bilatéraux en douze mois, répartis sur les cinq points de passage frontaliers qui restent nominalement ouverts.
Les catégories les plus touchées — fer et acier, plastiques, ciment, coton, articles vestimentaires — ne sont pas des biens discrétionnaires. Ce sont des intrants structurels pour la construction, la fabrication de base et les chaînes d'approvisionnement ménagères. Leur contraction de moitié signifie que le secteur de la construction haïtien et les réseaux de distribution de biens essentiels fonctionnent désormais avec environ la moitié de leur volume d'approvisionnement d'origine dominicaine de 2024. Dans un contexte où 1,47 million de personnes sont déplacées à l'intérieur du pays par les gangs et où plus de 110 000 déportés ont été renvoyés depuis le début de l'année 2026, cet effondrement commercial impose un choc d'offre simultané à un choc de population — une combinaison que l'économie haïtienne de la zone frontalière ne peut absorber sans dommages structurels durables.
Le paradoxe central est le suivant : c'est précisément dans ce corridor appauvri que le gouvernement dominicain a annoncé une zone franche à port sec d'investissement privé de 300 millions de dollars. Sans mécanisme d'accès confirmé pour les opérateurs commerciaux, les exportateurs ou la main-d'œuvre du côté haïtien, cette initiative fonctionne comme un projet de consolidation d'infrastructure dominicaine sur le bord occidental de la frontière au moment où la gravité économique haïtienne dans ce corridor est la plus faible. La zone peut générer des recettes douanières, des emplois formels et des actifs d'infrastructure du côté dominicain, tout en accélérant le découplage de fait de la participation économique haïtienne dans ce même espace.
Ce schéma porte une résonance historique précise. Le Parc industriel CODEVI, établi en 2003 à la frontière de Dajabón, représentait la dernière grande initiative d'infrastructure dans ce corridor — et il fonctionnait déjà avec des capitaux et une gestion dominicains adossés à une main-d'œuvre haïtienne, créant un précédent de distribution asymétrique des bénéfices dans les projets économiques frontaliers. La fermeture de la frontière en 2023, déclenchée par le différend sur le canal de la Massacre, a démontré que ce corridor reste entièrement vulnérable aux décisions politiques unilatérales. La contraction de 2025 suit directement le sillage structurel de cette rupture, amplifiée par l'insécurité accumulée et les opérations de déportation record.
Pour la trajectoire d'Haïti, l'implication est directe : sans accès structuré et négocié à la zone franche — ou sans amélioration significative des conditions sécuritaires permettant de relancer les flux commerciaux formels — le scénario de référence est une contraction supplémentaire. Haïti ne peut pas absorber indéfiniment l'érosion de son principal corridor commercial bilatéral sans effets en cascade sur la sécurité alimentaire, la reconstruction et l'accès aux biens de première nécessité. Le plaidoyer pour un accès haïtien à la zone doit impérativement précéder la pose de la première pierre, car le levier post-construction sera considérablement plus faible.
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