Abinader se positionne comme l'architecte régional de la stabilisation d'Haïti lors d'une réunion de haut niveau avec l'OEA à Santiago.
Lors de la 41e Session de la CEPAL à Santiago les 7 et 8 octobre 2026, le président dominicain a reçu un plan d'action formel pour Haïti directement du Secrétaire général de l'OEA — l'engagement multilatéral le plus élevé sur le dossier haïtien conduit par Saint-Domingue depuis la Semaine de haut niveau de l'Assemblée générale des Nations Unies à la fin septembre. En parallèle, le chef de la diplomatie dominicaine a mené un rapprochement inédit avec son homologue russe — membre permanent du Conseil de sécurité — pour discuter du renouvellement du mandat de la Force de sécurité en Haïti. Le contenu du plan d'action de l'OEA demeure non publié.
La logique de cette offensive diplomatique est structurelle : en s'engageant simultanément à l'OEA, à la CEPAL, à l'AGNU et auprès d'un membre du P5, la République dominicaine s'assure qu'aucun cadre multilatéral pour Haïti ne peut être finalisé sans que ses paramètres ne soient définis par Santo Domingo. Ce positionnement génère deux formes de levier simultanées : la capacité de façonner le plan de l'OEA avant sa divulgation publique, et la capacité de présenter les 79 938 déportations effectuées en huit mois non pas comme une contradiction de sa posture diplomatique, mais comme son complément.
L'asymétrie commerciale confirme la profondeur de cette emprise structurelle. Entre janvier et août 2026, les exportations dominicaines vers Haïti ont atteint 921 millions de dollars américains — en hausse de 19 pour cent en glissement annuel — tandis que les importations haïtiennes vers la RD s'effondraient de 87 pour cent à seulement 680 000 dollars. La RD contrôle désormais 99 pour cent de la balance commerciale bilatérale. Les marchandises dominicaines franchissent la frontière pendant que des personnes haïtiennes en sont expulsées : ce double standard révèle la géométrie réelle de la relation. Un pays dépendant à ce degré d'un seul voisin pour ses matériaux de construction, ses vêtements et ses produits de base ne dispose d'aucun levier économique pour influencer le comportement de ce voisin sur les déportations, la gestion de l'eau ou la citoyenneté.
Un troisième front s'ouvre le long de la rivière Massacre. Le ministère dominicain de l'Environnement a formellement alerté le ministère des Affaires étrangères d'une extraction de sable à grande échelle du côté haïtien, menaçant selon les autorités 14 000 tareas de terres agricoles cultivables. Une note diplomatique formelle placerait ce différend dans les canaux du droit international de l'eau — avec un gouvernement de transition haïtien gérant des élections prévues pour le 13 décembre, disposant d'une capacité institutionnelle limitée pour répondre dans des délais rapides. Les rôles sont inversés par rapport au différend sur le canal de 2023, mais la trajectoire d'escalade structurelle est identique.
Ce pattern — acteur externe encadrant les termes de la stabilisation d'Haïti tout en contraignant simultanément sa souveraineté économique et démographique — traverse l'histoire haïtienne depuis l'occupation américaine de 1915. L'acteur change ; la logique demeure : celui qui définit les paramètres de l'intervention extérieure détermine qui gouverne l'avenir haïtien. Tant que le contenu du plan d'action de l'OEA n'est pas rendu public et soumis à une lecture haïtienne indépendante, les partenaires internationaux risquent de valider un cadre déjà négocié sans leur contribution.
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